le blog des tendances et idées de voyages

ActualitéCroisières

Hantavirus à bord du MV Hondius : faut-il avoir peur de partir en croisière ?

Trois morts, une centaine de passagers confinés en plein océan Atlantique, des pays refusant tour à tour l’accostage d’un navire fantôme aux yeux du monde : au printemps 2026, l’affaire du MV Hondius a réveillé des angoisses que beaucoup croyaient enfouies depuis la pandémie de Covid-19. Un mot a suffi pour allumer la mèche : hantavirus. Mais derrière le choc émotionnel et la mécanique médiatique bien rodée de la peur, que s’est-il réellement passé ? Et surtout, les croisières présentent-elles désormais un danger sanitaire spécifique qu’il faudrait prendre au sérieux avant de réserver sa prochaine traversée ?

Ce qui s’est passé à bord du MV Hondius, une croisière d’expédition pas tout à fait ordinaire

Un itinéraire hors du commun, vers les confins du globe

Le 1er avril 2026, le MV Hondius quittait le port d’Ushuaïa, en Argentine, pour une croisière d’expédition vers l’Antarctique, les îles isolées de l’Atlantique Sud, Sainte-Hélène et l’Ascension. Exploité par la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions, ce navire de croisière polaire transportait 149 personnes, dont 88 passagers et 61 membres d’équipage représentant 23 nationalités différentes, parmi lesquels cinq ressortissants français. Ce type de voyage d’expédition, qui attire un public de voyageurs aguerris en quête d’aventures aux antipodes, est radicalement différent d’une croisière en Méditerranée ou dans les Caraïbes. L’isolement géographique extrême des escales constitue à la fois son attrait principal et sa vulnérabilité en cas d’urgence médicale.

Les premiers signes d’alerte et l’enchaînement des décès

Le premier passager à présenter des symptômes graves était un ressortissant néerlandais qui avait effectué, avant l’embarquement, un road trip de quatre mois en Amérique du Sud, traversant le Chili, l’Uruguay et l’Argentine. Il est décédé le 11 avril à bord. Son épouse, âgée de 69 ans, avait débarqué à Sainte-Hélène le 24 avril avec des symptômes gastro-intestinaux avant d’être transférée vers Johannesburg en Afrique du Sud, où elle est décédée le 26 avril. Un troisième passager, de nationalité allemande, est mort le 2 mai à bord du navire. Au total, au 9 mai 2026, l’OMS dénombrait six cas confirmés et deux cas suspects, avec des patients hospitalisés dans plusieurs pays : Afrique du Sud, Pays-Bas, Allemagne, Espagne et Suisse.

Un témoignage recueilli par Franceinfo illustre les manquements dans la gestion initiale de la crise : « J’aurais aimé que l’équipage prenne plus au sérieux la situation et qu’il envisage la possibilité d’une maladie contagieuse dès le premier décès à bord. Mais personne n’a été mis à l’isolement. Tout le monde était ensemble et les activités de groupe ont continué », a confié Ruhi Çenet, un passager qui avait débarqué au 24e jour.

L’errance d’un navire sans port d’accueil

La dimension diplomatique de cette crise sanitaire est peut-être aussi révélatrice que l’épidémie elle-même. Pendant plusieurs jours, le MV Hondius a erré en Atlantique, sans qu’aucun pays ne consente à l’accueillir. Le Cap-Vert a refusé l’évacuation faute d’infrastructures adaptées. L’Espagne a finalement donné son accord pour que le navire rallie Tenerife, mais en imposant un protocole sanitaire strict : les passagers ont été débarqués via des navettes fluviales, dans le petit port de Granadilla de Abona, le 10 mai 2026. La décision avait suscité des réactions vives au sein de la population locale, entre compréhension et inquiétude. Les personnes évacuées sont considérées par l’OMS comme des « contacts à haut risque » et devront faire l’objet d’une surveillance pendant 42 jours.

L’hantavirus, ce virus méconnu que l’on confond trop vite avec le Covid

Un pathogène transmis par les rongeurs, pas par les foules

L’hantavirus n’est pas un virus nouveau. Il appartient à un groupe de plus de cinquante souches virales présentes dans le monde entier, dont la caractéristique commune est d’infecter les rongeurs. La transmission à l’être humain se fait par contact avec l’urine, les excréments ou la salive d’un animal infecté. En Amérique du Nord et du Sud, les souches dites du « Nouveau Monde » peuvent provoquer le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), une atteinte grave des poumons et du coeur, fatale dans environ 40 % des cas lorsque les formes sévères se développent. Il n’existe à ce jour ni vaccin, ni traitement antiviral : les médecins ne peuvent qu’apporter des soins de support, oxygénation, ventilation assistée, dialyse.

Le virus Andes, seul hantavirus à transmission interhumaine

Ce qui distingue le foyer du MV Hondius des cas habituels est l’identité du pathogène en cause : le virus Andes (ANDV), une souche qui présente la particularité rare d’être documentée comme pouvant se transmettre d’une personne à une autre. C’est la seule souche connue du groupe à posséder cette propriété. La transmission interhumaine nécessite toutefois un contact étroit et prolongé, une promiscuité de proximité qui, en milieu de croisière dans des cabines confinées, a vraisemblablement facilité la propagation du virus parmi les passagers.

Pour autant, les autorités sanitaires mondiales ont tenu à replacer les choses dans leur contexte. L’OMS a rappelé que le risque pour la population générale restait « absolument faible ». « Ce n’est pas du tout comme la rougeole : si vous êtes dans une salle de presse et que quelqu’un à l’avant tousse, les premiers rangs seraient en danger. Un contact étroit signifie qu’il faut pratiquement être nez à nez. Ce n’est pas un nouveau Covid », a déclaré le porte-parole de l’organisation, Christian Lindmeier.

« Même parmi les personnes ayant partagé la même cabine, il arrive que les deux ne soient pas infectées », a-t-il précisé.

Une période d’incubation longue qui complique la détection

La période d’incubation de l’hantavirus, qui peut aller d’une semaine à huit semaines, constitue l’une des principales difficultés de gestion d’un foyer à bord d’un navire. Des passagers ont pu se sentir parfaitement bien lors de leur embarquement à Ushuaïa avant de développer des symptômes en plein milieu de l’Atlantique, loin de tout recours médical avancé. Cette même fenêtre temporelle explique que 29 personnes ayant débarqué avant la détection de l’épidémie ont fait l’objet de recherches de contacts dans plusieurs pays.

La croisière d’expédition, un segment à risque spécifique

Des itinéraires sauvages, des escales hors du monde ordinaire

Il serait inexact d’amalgamer l’affaire du MV Hondius avec l’ensemble des croisières mondiales. Le navire d’Oceanwide Expeditions n’est pas un paquebot de croisière classique : c’est un navire d’expédition polaire, dont la vocation est précisément d’emmener ses passagers dans des zones reculées, en contact étroit avec des environnements naturels peu fréquentés et leur faune sauvage. Ce type de croisière d’aventure implique des excursions à terre dans des régions où les rongeurs sauvages peuvent être porteurs de pathogènes, notamment en Patagonie et en Tierra del Fuego, zones d’endémie connue du virus Andes. Le cas index semble d’ailleurs avoir contracté le virus avant l’embarquement, lors d’un long voyage terrestre en Amérique du Sud.

Le huis clos du navire amplifie toujours les risques sanitaires

Si le type d’itinéraire joue un rôle déterminant, le huis clos inhérent à tout navire de croisière constitue une réalité qu’il serait malhonnête de nier. Les transatlantiques, les paquebots de grande croisière, les yachts d’expédition : tous partagent cette caractéristique de concentrer une population dans un espace fermé et ventilé de manière centralisée pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. L’histoire des croisières est ponctuée d’épisodes de gastro-entérites virales (le norovirus est une constante dans les bilans sanitaires des grandes compagnies), et la pandémie de Covid-19 avait dramatiquement mis en lumière la vulnérabilité du modèle avec l’épisode du Diamond Princess en 2020. Le honteux mais réel manque de réactivité de l’équipage du Hondius lors des premiers décès illustre également que la gestion d’urgence sanitaire à bord n’est pas toujours à la hauteur des protocoles affichés.

Ce que cette crise change, et ce qu’elle ne change pas, pour les croisiéristes

Un risque réel mais très circonscrit pour les voyageurs

Remettre les chiffres en perspective s’impose. Sur 149 personnes à bord du MV Hondius, huit cas ont été identifiés au 9 mai 2026, dont six confirmés. La grande majorité des passagers et de l’équipage d’un navire d’expédition ayant suivi un itinéraire dans une zone à risque connue n’ont pas développé la maladie. Le CDC américain a lui-même qualifié le risque de propagation à la population générale américaine d' »extrêmement faible ». Pour un voyageur qui réserve une croisière en Méditerranée, en Caraïbe, en Asie du Sud-Est ou en Scandinavie, l’hantavirus n’est pas, à ce stade, un sujet de préoccupation sanitaire direct.

Des questions légitimes sur les protocoles sanitaires embarqués

Ce qu’en revanche cette crise doit interroger, ce sont les protocoles médicaux d’urgence des compagnies de croisière, en particulier ceux des opérateurs de voyages d’expédition. La gestion initiale à bord du Hondius, marquée par une absence d’isolement précoce et la poursuite des activités collectives après le premier décès, a fait l’objet de critiques légitimes. Les compagnies de croisière ont l’habitude de valoriser leur médecine embarquée dans leurs supports commerciaux. La réalité d’un foyer infectieux sur un navire en haute mer, à plusieurs jours de navigation du premier port capable d’accueillir des malades graves, oblige à prendre ces protocoles au sérieux et à les évaluer objectivement avant de s’embarquer.

Les questions à poser avant une croisière d’expédition vers des zones reculées

Pour les voyageurs tentés par des itinéraires hors des sentiers battus, quelques réflexes s’imposent désormais : se renseigner sur les zones épidémiologiques traversées avant l’embarquement, consulter un médecin spécialisé en médecine du voyage pour les croisières en Amérique du Sud et en zones polaires australes, et vérifier que la compagnie dispose d’un médecin à bord avec les équipements de réanimation adéquats. Les sites de référence comme le Centre de Vaccinations Internationales ou le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères publient des mises à jour régulières sur les risques sanitaires par destination.

La peur du virus, un vieux réflexe face à l’inconnu

Il est difficile, et sans doute inutile, de prétendre que l’affaire du MV Hondius ne laissera aucune trace dans l’image des croisières d’expédition. La comparaison avec les prémices de la pandémie de Covid-19 a été immédiate dans les réactions de l’opinion publique, bien avant que les autorités sanitaires ne viennent répéter inlassablement que la situation n’était pas comparable. L’hantavirus n’est pas, par nature, un virus de pandémie : il ne se transmet pas facilement d’un individu à l’autre, contrairement au SARS-CoV-2. La souche Andes constitue une exception, documentée depuis les années 1990 en Amérique du Sud, mais elle reste rare et sa transmission interhumaine nécessite une exposition étroite et prolongée.

Ce qui s’est passé sur le Hondius est une tragédie humaine réelle, avec trois familles endeuillées et une centaine de passagers dont le voyage de rêve s’est transformé en un cauchemar sanitaire et diplomatique. Cela ne justifie pas pour autant de tirer des conclusions hâtives sur la sécurité des croisières en général. Le secteur, qui représente des dizaines de millions de voyageurs chaque année dans le monde, ne peut pas être jugé à l’aune d’un seul navire d’expédition polaire naviguant dans une région parmi les plus isolées du globe.

Les prochains mois diront si cette crise accélère une refonte des normes sanitaires embarquées pour les croisières d’expédition, un segment qui connaît une croissance soutenue depuis plusieurs années. Ce serait, au fond, la seule bonne nouvelle que l’on pourrait tirer de cette bien malheureuse traversée de l’Atlantique.

A lire prochainement sur Tendances Voyages : Croisières d’expédition en Antarctique et aux îles Falkland, comment choisir le bon opérateur quand l’aventure commence là où les routes s’arrêtent.