Visiter Tarragone en Catalogne : pourquoi cette ancienne capitale romaine mérite un vrai séjour
Tarragone n’est pas un plan B. Ce n’est pas la ville où l’on s’arrête quand Barcelone affiche complet, ni le détour que l’on coche entre deux après-midi sur la plage de Salou. C’est une destination complète, dense, généreuse, qui tient tête à n’importe quelle grande cité méditerranéenne sur le terrain du patrimoine, de la gastronomie et de l’art de vivre. Et pourtant, elle reste méconnue de la plupart des voyageurs français. Ancienne capitale de la province romaine d’Hispanie citérieure, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, cette ville catalane de 130 000 habitants concentre sur quelques kilomètres carrés plus de deux mille ans d’histoire superposés. On y mange divinement bien, on s’y baigne dans des criques dignes des Baléares, et on y croise dix fois moins de touristes qu’à Barcelone, à seulement une heure de route. Autant dire que le rapport qualité-prix de l’expérience est imbattable.
Tarraco, quand Rome a choisi la Catalogne comme vitrine
On ne le dit pas assez : Tarragone est la plus ancienne colonie romaine de toute la péninsule ibérique. Fondée en 218 avant J.-C., la cité baptisée Tarraco n’était pas un simple avant-poste militaire. Elle est devenue la capitale administrative d’un territoire immense couvrant la moitié de l’Espagne actuelle, et le centre du culte impérial pour toutes les provinces ibériques. L’empereur Auguste lui-même y a séjourné pendant deux ans, entre 27 et 25 avant J.-C., pour y gouverner directement. Ce n’est pas une ville qui a hérité de quelques vestiges romains par hasard. C’est une ville qui a été pensée, construite et magnifiée par Rome pendant cinq siècles.
Un amphithéâtre les pieds dans l’eau

Le monument le plus spectaculaire de Tarragone est sans doute son amphithéâtre, construit au IIe siècle face à la Méditerranée. Avec ses 14 000 places, il accueillait combats de gladiateurs, chasses d’animaux sauvages et exécutions publiques. Aujourd’hui, les gradins ouvrent sur la mer d’un bleu profond, et le cadre est saisissant. On y distingue aussi les vestiges d’une basilique wisigothique et d’une église médiévale construites par-dessus les ruines romaines, ce qui en fait un condensé de toute l’histoire de Tarragone en un seul site. L’entrée est accessible, et la visite se fait en une petite heure.
Le cirque romain et ses galeries souterraines
Moins photogénique mais tout aussi fascinant, le cirque romain de Tarragone est l’un des mieux conservés d’Occident. Long de 325 metres, il pouvait accueillir environ 30 000 spectateurs venus assister aux courses de chars. Sa particularité : il a été construit à l’intérieur même de la ville, ce qui était rare. Aujourd’hui, une bonne partie de sa structure est enfouie sous les immeubles du XIXe siècle, mais on peut parcourir ses galeries voûtées et ses passages souterrains. La tour du Prétoire, qui le jouxtait, offre depuis son sommet un panorama complet sur la vieille ville et le littoral. Un billet combiné amphithéâtre-cirque-prétoire permet de visiter l’ensemble de manière cohérente.
L’aqueduc du Pont del Diable, un géant oublié

A quatre kilometres au nord du centre-ville, l’aqueduc de Les Ferreres, surnommé Pont del Diable, se dresse au milieu de la végétation. Long de 217 metres et haut de 27 metres, cet ouvrage d’ingénierie alimentait Tarraco en eau depuis la rivière Francolí. On peut marcher sur sa partie supérieure, une expérience vertigineuse et gratuite que peu de visiteurs connaissent. Le site est accessible en voiture ou en bus, et un petit sentier balisé dans la pinède y conduit. L’endroit est particulièrement agréable en fin de journée, quand la lumière rasante sublime la pierre dorée de l’ouvrage.
La Part Alta, un centre historique catalan qui ne triche pas
La vieille ville de Tarragone, que les locaux appellent Part Alta, est construite à l’intérieur de l’ancienne enceinte romaine. Les murailles, qui comptent parmi les plus anciennes constructions romaines conservées en Espagne, sont encore visibles sur plusieurs troncons. On les longe par la Promenade archéologique, un chemin ombragé qui offre des vues en surplomb sur toute la ville basse et ses toits de tuiles.
A l’intérieur de ce périmètre fortifié se déploie un dédale de ruelles étroites, de places pavées et de façades colorées. C’est ici que se trouvent les meilleurs bars à tapas, les petites boutiques d’artisans et les terrasses où les habitants prennent le vermouth le dimanche matin. La Part Alta n’a rien d’un quartier-musée figé : on y vit, on y fait ses courses, on y croise des gamins qui jouent au ballon contre des murs vieux de vingt siècles.
La cathédrale Santa Tecla, entre roman et gothique

Au sommet de la Part Alta trône la cathédrale de Tarragone, dédiée à Santa Tecla, la sainte patronne de la ville. Commencée au XIIe siècle dans un style roman puis achevée en gothique, elle possède un cloître paisible aux jardins soignés, un portail sculpté d’une grande finesse et un retable de la chapelle principale qui vaut le détour. L’ensemble est harmonieux, jamais écrasant. Pour celles et ceux qui visitent des églises à la chaîne en voyageant en Espagne, celle-ci sort du lot par son élégance sobre et la tranquillité de son cloître, véritable havre de paix.
Le Balcon de la Méditerranée, symbole de la ville
Au bout de la Rambla Nova, l’artère principale de Tarragone, une balustrade en fer forgé surplombe la mer depuis une falaise. C’est le Balcó del Mediterrani, le point de vue le plus célèbre de la ville. Une tradition locale veut que toucher la rambarde en fer porte bonheur. Vrai ou pas, l’endroit mérite qu’on s’y attarde, surtout au coucher du soleil, quand le panorama embrasse l’amphithéâtre en contrebas et l’horizon marin. Le poète romain Lucius Annaeus Florus, au IIe siècle, écrivait déjà à propos de Tarragone que le climat y mêlait toutes les saisons de telle façon que l’année entière ressemblait à un printemps éternel. Deux mille ans plus tard, la formule reste juste.
Un littoral méconnu aux allures de carte postale

Tarragone possède quinze kilomètres de côte, et ce n’est pas du littoral bétonné comme on en trouve trop souvent sur la côte espagnole. La ville alterne plages urbaines bien équipées, longues étendues de sable doré et criques sauvages accessibles uniquement à pied. La Costa Daurada, la cote dorée en catalan, doit son nom à la couleur de son sable fin, et Tarragone en est le coeur.
Cala Fonda, le Hawaii secret de la côte catalane
Surnommée « Waikiki » par les locaux, la Cala Fonda est une plage vierge de 200 metres nichée entre des falaises calcaires et une pinède dense. Aucun commerce, aucune infrastructure : on y accède uniquement par un sentier pédestre d’environ vingt minutes depuis La Mora. Les eaux y sont cristallines et peu profondes, le sable est fin comme de la farine. C’est un lieu naturiste, ce qu’il faut savoir avant d’y aller, mais c’est surtout l’une des plus belles plages de toute la Catalogne. Un conseil pratique : arriver tot le matin en été, car la crique est petite et le secret est de moins en moins bien gardé. Prévoir eau et provisions, car il n’y a absolument rien sur place.
Des plages pour tous les profils de voyageurs
Pour ceux qui préfèrent le confort, la Platja de l’Arrabassada offre 550 metres de sable doré labellisé Pavillon Bleu, avec douches, chiringuitos et surveillance. La Platja Llarga, presque trois kilometres de long, plaira aux marcheurs et aux familles. La Cala Jovera, dominée par le château médiéval de Tamarit, est l’une des plus photogéniques de la région. Et pour les amateurs de randonnée littorale, le Camí de Ronda relie toutes ces plages par un sentier côtier qui coïncide avec le GR 92 et offre des points de vue spectaculaires. De quoi occuper plusieurs journées sans répétition.
Tarragone à table : la sauce romesco et les rituels de la calçotada
La gastronomie de Tarragone est un argument de voyage à part entière. Ici, la cuisine n’est pas seulement bonne, elle est ancrée dans un terroir et dans des traditions vivantes. La sauce romesco, par exemple, est née dans les cuisines des pêcheurs du quartier d’El Serrallo. A base de tomates, de poivrons nyora, d’amandes grillées, d’ail et d’huile d’olive, elle accompagne aussi bien le poisson grillé que les légumes ou les viandes. Le vrai plat de Tarragone, c’est d’ailleurs le romesco : un ragoût de poissons et de fruits de mer mijoté avec cette sauce, que chaque famille et chaque restaurant prépare selon sa propre recette. Le goûter dans l’un des restaurants du Serrallo, l’ancien quartier des pêcheurs situé près du port, est une expérience indispensable.
La calçotada, un repas qui se mérite
Entre janvier et avril, la région de Tarragone célèbre la calçotada, un festin collectif autour des calçots, de longs oignons doux originaires de la ville voisine de Valls. Le rituel est bien rodé : les calçots sont grillés sur un feu de sarments de vigne jusqu’à ce que leur peau soit complètement carbonisée, puis on les épluche à la main, on les trempe généreusement dans la sauce romesco, et on les avale en les tenant au-dessus de la tête pour ne rien perdre de la sauce. C’est salissant, convivial et absolument délicieux. Le vin rouge local se boit au porró, une carafe à bec fin qui circule de main en main. Le tout suivi de grillades de viande. Un repas comme celui-là vaut mieux que bien des visites culturelles pour comprendre l’esprit catalan.
Le Serrallo, la cantine des connaisseurs
Le quartier du Serrallo conserve l’âme d’un village de pêcheurs avec ses ruelles tranquilles, ses maisons colorées et ses terrasses animées. C’est ici que l’on trouve les restaurants de poisson les plus authentiques de la ville, à des prix encore raisonnables pour une destination touristique espagnole. Calamars grillés, anchois frais, suquet de peix (ragoût de poissons et pommes de terre), pa amb tomàquet (pain frotté à la tomate avec de l’huile d’olive) : tout est simple, généreux et préparé avec des produits de la pêche du jour. Un déjeuner au Serrallo un jour de beau temps, face aux bateaux de pêche, est l’un de ces moments qui justifient à eux seuls le voyage.
Les castells et les fêtes : quand Tarragone devient un spectacle vivant
Tarragone est le berceau d’une tradition catalane spectaculaire, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2010 : les castells, ces tours humaines pouvant atteindre l’équivalent d’un immeuble de neuf étages. La ville compte quatre colles castelleres (groupes de castellers), et les voir s’entraîner ou se produire lors des fêtes locales est un moment fort de tout séjour à Tarragone. Tous les deux ans (les années paires), la ville accueille le Concurs de Castells, la plus grande compétition de tours humaines au monde, dans la Tarraco Arena. L’intensité émotionnelle de l’événement est difficile à décrire : il faut le voir pour le comprendre.
Santa Tecla, la fête majeure de Tarragone
Pendant deux semaines en septembre, Tarragone célèbre sa sainte patronne avec les fêtes de Santa Tecla, déclarées fête d’intérêt touristique national. Le programme est dense : défilés de géants et de grosses têtes dans les rues de la Part Alta, spectacles de castells sur les places, sardanes, concerts, et surtout le Correfoc, un cortège pyrotechnique où des participants déguisés en diables et en dragons courent dans les rues en crachant du feu. Les spectateurs sautent et dansent au milieu des étincelles. C’est bruyant, joyeux et un brin chaotique. Santa Tecla remonte à 1321 et reste l’une des fêtes populaires les plus riches de toute l’Espagne catalane. Attention toutefois : la ville est pleine à craquer à cette période, il faut réserver l’hébergement longtemps à l’avance.
Tarraco Viva, le festival qui fait revivre l’Antiquité romaine
Chaque année en mai, Tarragone organise Tarraco Viva, un festival culturel international consacré à la reconstitution de la vie romaine. Pendant deux semaines, les sites archéologiques classés à l’UNESCO servent de décor à des spectacles de gladiateurs, des démonstrations militaires, des ateliers de cuisine romaine, des concerts de musique antique et des conférences. C’est le plus important festival de reconstitution romaine d’Europe, et il est accessible gratuitement pour la plupart des activités. Un événement à intégrer au calendrier pour quiconque s’intéresse à l’histoire de la Méditerranée antique.
Au-delà de la ville : le Priorat, les monastères et les excursions incontournables
Tarragone est aussi un excellent camp de base pour rayonner dans les environs. La province offre une densité remarquable de sites naturels et culturels à moins d’une heure de route, ce qui permet de varier les plaisirs sans changer d’hôtel.
Le Priorat, vignoble de légende aux portes de Tarragone
A moins d’une heure de route vers l’intérieur des terres, le Priorat est l’une des régions viticoles les plus prestigieuses d’Espagne, la seule de Catalogne à bénéficier de la dénomination d’origine contrôlée (DOC, l’équivalent de l’AOC). Ses vignobles en terrasses, plantés sur des sols d’ardoise, produisent des rouges puissants et profonds à base de garnacha et de cariñena. Le paysage est spectaculaire : des villages perchés comme Siurana ou Gratallops, des canyons boisés, des ermitages avec vue panoramique. Plusieurs domaines proposent des visites et des dégustations, et la chartreuse d’Escaladei, première chartreuse fondée en Espagne en 1125, mérite le détour. On peut aussi explorer la voisine appellation Montsant, plus accessible en prix, dont les caves modernistes conçues par des disciples de Gaudí sont surnommées les « Cathédrales du Vin ».
La route cistercienne, un trio de monastères exceptionnels
Le monastère de Poblet, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est l’un des plus grands ensembles cisterciens habités d’Europe et l’ancien panthéon des rois de Catalogne et d’Aragon. A proximité, les monastères de Santes Creus et de Vallbona de les Monges complètent un itinéraire historique et spirituel qui se parcourt sur une journée. La Route cistercienne traverse des paysages de vignes et de campagne catalane qui changent radicalement de l’ambiance balnéaire du littoral.
Reus, la ville natale de Gaudí
A seulement quinze minutes en voiture ou en train de Tarragone, Reus est la ville où est né Antoni Gaudí en 1852. Son centre-ville regorge de bâtiments modernistes et abrite le Gaudí Centre, un musée interactif qui retrace l’oeuvre et la vision de l’architecte le plus célèbre de Catalogne. Pour les amateurs d’architecture, c’est un complément idéal à la visite de Tarragone, et un bon prétexte pour une demi-journée d’excursion.
Informations pratiques pour organiser un séjour à Tarragone
Comment y aller depuis la France
Tarragone est facilement accessible depuis le sud de la France. En voiture, la ville se trouve à environ trois heures et demie de Perpignan par l’autoroute AP-7, et à cinq heures de Montpellier ou de Toulouse. L’aéroport le plus proche est celui de Reus, à seulement sept kilometres, desservi par quelques compagnies low-cost en saison. L’aéroport de Barcelone-El Prat, à 82 kilometres, offre un choix bien plus large de vols depuis toutes les grandes villes françaises. Depuis Barcelone, un train direct rejoint Tarragone en une heure environ. Une carte d’identité en cours de validité suffit pour les ressortissants de l’Union européenne.
Combien de temps rester
Deux jours permettent de découvrir l’essentiel du patrimoine romain et de la vieille ville. Trois à quatre jours sont préférables pour profiter aussi des plages, de la gastronomie locale et d’une excursion dans le Priorat ou vers les monastères cisterciens. Une semaine n’est pas de trop si l’on veut explorer la Costa Daurada à un rythme détendu, en alternant visites culturelles, journées balnéaires et sorties oenologiques.
Quand partir
Le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-octobre) offrent les conditions idéales : températures agréables autour de 20 à 25 degrés, fréquentation modérée et calendrier festif riche (Tarraco Viva en mai, Santa Tecla en septembre). L’été est chaud et plus touristique, mais les plages de Tarragone restent moins bondées que celles de Salou ou de Barcelone. L’hiver est doux, avec des températures rarement en dessous de 10 degrés, ce qui permet de visiter les sites archéologiques dans un confort total.
Ce qu’il faut anticiper
Tarragone se visite très bien à pied : le centre historique, les sites romains et les plages les plus proches sont tous accessibles sans voiture. En revanche, un véhicule est nécessaire pour les excursions dans le Priorat, vers les monastères cisterciens ou pour atteindre certaines criques sauvages. Le coût de la vie est sensiblement inférieur à celui de Barcelone, que ce soit pour l’hébergement, la restauration ou les activités. On y dort bien pour 70 à 120 euros la nuit en hôtel correct, et un repas complet dans un bon restaurant du Serrallo coûte rarement plus de 25 à 35 euros par personne.
Tarragone, le point de départ d’une exploration catalane plus large
Visiter Tarragone, c’est aussi découvrir une porte d’entrée vers d’autres destinations catalanes qui méritent un article à part entière. Le delta de l’Ebre, plus grande zone humide de Catalogne, se trouve à une heure au sud et constitue un paradis pour les amateurs d’ornithologie et de paysages sauvages. La ville médiévale fortifiée de Montblanc, berceau de la légende de Sant Jordi (le saint patron de la Catalogne), est une étape historique fascinante. Et pour ceux qui n’ont pas encore exploré Barcelone, Tarragone offre un contraste saisissant qui permet de mieux comprendre la diversité de la Catalogne, entre poids lourd touristique et joyau préservé. Quant à Sitges, la station balnéaire bohème du nord, elle prolonge naturellement un itinéraire le long de la côte catalane. Les sujets ne manqueront pas pour prolonger l’exploration.


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