Bains chauds en Islande : le guide complet des sources thermales
En Islande, se baigner en plein air par -5°C n’a rien d’une excentricité, c’est une habitude nationale. Sous la surface de cette île volcanique, l’activité géothermique alimente des centaines de sources naturelles et de bassins aménagés, du lagon touristique le plus photographié au monde à la vasque de montagne connue des seuls locaux. Ce guide parcourt le pays région par région pour distinguer les incontournables, les alternatives moins fréquentées et les pièges à éviter.
La région de la capitale et la péninsule de Reykjanes
C’est ici que se concentre l’essentiel de l’offre destinée aux visiteurs, avec des installations de standing international.
Blue Lagoon, l’incontournable assumé
Impossible de l’ignorer : le Blue Lagoon reste la référence, avec ses eaux laiteuses chargées de silice qui doivent leur couleur turquoise à un procédé industriel plutôt qu’à une source naturelle brute. L’affluence y est permanente et la réservation à l’avance obligatoire, mais l’expérience conserve son pouvoir de fascination, surtout au coucher du soleil ou sous une aurore boréale en hiver.

Sky Lagoon, la vue sur l’Atlantique
À quelques minutes de Reykjavik, le Sky Lagoon mise sur son bord à débordement donnant directement sur l’océan et sur un rituel en sept étapes incluant sauna, bain froid et gommage au sel. C’est l’option la plus raffinée pour qui cherche une expérience spa complète sans s’éloigner de la capitale.
Dans Reykjavik même : les piscines municipales
Les habitants, eux, fréquentent plutôt les piscines de quartier comme Sundhöll, la plus ancienne de la ville, ou Vesturbæjarlaug. Bassins géothermiques, bains froids et saunas y sont accessibles pour quelques euros, loin des tarifs des lagons touristiques. C’est aussi là que se joue la vraie sociabilité islandaise, celle des conversations à mi-corps dans l’eau chaude après le travail.
« Les touristes viennent pour le Blue Lagoon, mais nous, on vient à la piscine du quartier tous les deux jours, c’est notre salon commun », explique Sigrún, guide touristique à Reykjavik.
Le Cercle d’Or : entre tradition et modernité
Sur l’itinéraire le plus parcouru du pays, deux adresses valent le détour.
Laugarvatn Fontana
Posé au bord du lac Laugarvatn, ce spa combine bains chauds classiques et saunas à vapeur naturelle, alimentés directement par les fissures géothermiques du sol. La curiosité locale : du pain de seigle cuit dans le sable chaud, servi encore tiède aux visiteurs.
Krauma
Non loin de Borgarnes, Krauma puise son eau dans Deildartunguhver, l’une des sources chaudes les plus puissantes d’Europe, refroidie ensuite avec de l’eau glaciaire pour obtenir des bassins entre 37 et 42°C. Le décor en pierre volcanique et bois donne à l’ensemble une sobriété que n’ont pas toujours les lagons plus spectaculaires.
Le Sud : sources sauvages et rivières chaudes
Seljavallalaug, la piscine oubliée dans la montagne

Construite en 1923 au creux d’une vallée encaissée, cette piscine en béton alimentée par une source chaude se mérite : environ vingt minutes de marche depuis le parking le plus proche. L’eau n’y est pas toujours chauffée à température idéale et l’entretien reste minimal, mais le cadre, entouré de parois rocheuses, justifie le déplacement.
La vallée de Reykjadalur
À environ une heure de route de Reykjavik, une randonnée de 45 minutes à travers un paysage de fumerolles mène à une rivière naturellement chaude où il est possible de se baigner à même le lit de la rivière. Aucune infrastructure, aucun ticket d’entrée : seulement des plateformes en bois pour se changer. C’est l’expérience la plus proche de la baignade sauvage islandaise, accessible sans véhicule spécialisé.
Le Nord : le Myvatn et ses environs
Earth Lagoon Myvatn

Rebaptisées en 2025 après une rénovation complète, ces anciennes Myvatn Nature Baths jouent le rôle de « Blue Lagoon du Nord », avec les mêmes eaux laiteuses mais nettement moins de monde. La vue sur le lac Myvatn et les pseudo-cratères de Skútustaðagígar en fait un lieu privilégié pour observer les aurores boréales en hiver, sans quitter l’eau chaude.
Forest Lagoon, près d’Akureyri
Niché dans une forêt de sapins avec vue sur le fjord d’Eyjafjörður, ce lagon plus récent mise sur une atmosphère de spa contemporain, bar à cocktails inclus dans le bassin.
GeoSea, entre mer et géothermie
À Húsavík, GeoSea associe eau de mer géothermique et panorama sur l’océan Arctique, avec parfois la silhouette d’une baleine à l’horizon.
L’Est : l’eau potable la plus chaude du pays
À Egilsstaðir, les Vök Baths exploitent une particularité unique en Islande : leur eau géothermale, qui sort du sol à 75°C, est la seule du pays certifiée potable à la source. Les visiteurs peuvent y déguster des infusions préparées avec cette eau directement depuis le bassin flottant.
Les Fjords de l’Ouest : pour les voyageurs qui s’éloignent des sentiers battus
Deux adresses récompensent ceux qui poussent jusqu’à cette région reculée. Hellulaug, un petit bassin naturel à 38°C entouré de rochers près de Vatnsfjörður, offre une vue directe sur le fjord sans aucune infrastructure. Plus au nord encore, Krossneslaug se tient littéralement au bout du monde, face à l’océan Arctique, une piscine construite dans les années 1950 que peu de visiteurs atteignent.
Informations pratiques
Accès et budget : les lagons touristiques (Blue Lagoon, Sky Lagoon, Earth Lagoon Myvatn) coûtent généralement entre 30 et 80 euros par adulte selon la formule, et la réservation en ligne est fortement recommandée voire obligatoire en haute saison. Les piscines municipales de Reykjavik ou d’Akureyri, elles, reviennent à moins de 10 euros. Les sources sauvages comme Reykjadalur ou Hellulaug sont gratuites, mais impliquent souvent marche d’approche et absence totale d’équipement.
La douche nue obligatoire : dans toutes les installations islandaises, une douche complète sans maillot de bain avant d’entrer dans les bassins est exigée et prise très au sérieux. Ce n’est pas une option, c’est une question d’hygiène collective bien ancrée dans la culture locale.
Saisonnalité : l’hiver (octobre à mars) offre la possibilité de voir des aurores boréales depuis l’eau chaude, mais les routes vers les sources reculées comme Krossneslaug ou Seljavallalaug peuvent devenir impraticables ou dangereuses. L’été facilite l’accès à l’ensemble du territoire, au prix d’une affluence plus marquée sur les sites les plus connus.
Sécurité sur les sources sauvages : certaines sources naturelles atteignent des températures dangereuses près de leur point d’émergence et ne doivent jamais être testées sans repère local fiable. Les rivières chaudes comme celle de Reykjadalur mélangent des courants d’eau à températures variables : il est recommandé de rester dans les zones fréquentées par d’autres baigneurs plutôt que de s’aventurer en amont.
« Chaque hiver, on rappelle aux visiteurs de ne jamais s’approcher du point de sortie d’une source chaude sauvage, la différence de température peut être brutale d’un mètre à l’autre », rappelle Ólafur, guide géothermique dans le Nord de l’Islande.
Composer son propre itinéraire thermal
Un road trip sur l’anneau islandais permet en théorie de croiser une source différente presque chaque jour, du Cercle d’Or jusqu’aux Fjords de l’Ouest. C’est d’ailleurs sur ce type d’itinéraire complet, entre volcans, glaciers et sources chaudes, que se prolonge naturellement la découverte de l’Islande version « coolcation » que nous évoquions déjà à propos des destinations fraîcheur : direction, dans un prochain article, un tour complet de la route circulaire islandaise, source par source et étape par étape.

