Monténégro : le petit pays qui redessine la carte des vacances d’été des Français
Le ferry s’engage dans la baie de Kotor. Les falaises tombent presque à pic dans une eau vert sombre, un clocher vénitien sonne au loin, et sur le pont, personne ne parle. Il y a des baies qui imposent le silence. Celle-ci compte parmi elles, et elle n’est plus un secret.
Longtemps resté dans l’ombre de sa voisine croate, le Monténégro s’est hissé en quelques saisons parmi les destinations estivales les plus recherchées par les voyageurs français. Chaînes hôtelières internationales qui s’installent sur la côte, vols directs qui se multiplient depuis les grandes villes françaises, prix qui restent encore raisonnables face à une Adriatique de plus en plus chère ailleurs : tous les signaux sont réunis pour faire de ce petit pays balkanique la grande révélation de l’été.
Reste à savoir ce qu’on y trouve vraiment, et surtout, à qui il s’adresse. Réponse : à peu près tout le monde.
Un pays qui tient dans un week-end et qui en mérite dix
La première chose qui frappe, c’est la géographie. Avec un peu plus de 13 000 kilomètres carrés, le Monténégro se parcourt vite. Depuis la côte, il suffit de deux ou trois heures de route pour passer d’une plage adriatique à un canyon alpin, d’un village vénitien à un monastère accroché dans la roche. Cette compacité change tout : un même séjour d’une semaine permet d’enchaîner sans fatigue la mer, la montagne, le patrimoine et la table, ce qui explique en grande partie pourquoi la destination convainc des profils de voyageurs aussi différents.
Un itinéraire de sept jours bien construit peut ainsi combiner trois jours entre Kotor, Budva et Sveti Stefan, deux jours dans le parc national du Durmitor, une journée sur le mont Lovćen et une dernière au bord du lac de Skadar, le plus grand lac des Balkans, où nichent des colonies de pélicans.
Pour les amateurs de vieilles pierres et de patrimoine

Les bouches de Kotor forment l’un des rares décors de Méditerranée que l’on compare, à raison, à un fjord. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, la vieille ville de Kotor déroule ses ruelles fortifiées jusqu’au pied de la forteresse de San Giovanni, que l’on peut grimper à pied pour dominer toute la baie.

À quelques kilomètres, Perast aligne ses palais baroques face à deux îlots surgis de l’eau, dont celui de Notre-Dame-du-Récif, entièrement artificiel et construit pierre après pierre par des marins locaux au fil des siècles. Plus à l’intérieur des terres, Cetinje, ancienne capitale royale, et le monastère d’Ostrog, bâti à flanc de falaise et devenu l’un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés des Balkans, complètent un patrimoine religieux et princier d’une densité rare pour un pays de cette taille.
Pour les familles en quête d’un équilibre entre plage et activités

Budva et sa voisine Bečići concentrent l’essentiel de l’offre balnéaire familiale, avec des plages de sable ou de galets fins, des eaux peu profondes sur de longues portions et une offre hôtelière qui s’est largement modernisée ces dernières années. La vieille ville fortifiée de Budva, plus resserrée que celle de Kotor, se visite en une demi-journée et laisse du temps pour la plage l’après-midi.

Pour les familles qui souhaitent varier les plaisirs sans multiplier les trajets, le lac de Skadar offre des balades en barque tranquilles, propices à l’observation des oiseaux, à moins d’une heure de la côte. Les enfants plus grands apprécieront aussi les excursions faciles dans l’arrière-pays, où les distances courtes évitent les longues heures de voiture qui plombent souvent les vacances en famille.
Pour les amateurs de nature et de sensations plus fortes

Le parc national du Durmitor, dans les Alpes dinariques, change complètement de registre. On y trouve le canyon de la rivière Tara, souvent surnommé le Colorado de l’Europe pour sa profondeur qui dépasse par endroits les mille trois cents mètres, ce qui en fait l’un des canyons les plus vertigineux du continent.
Le rafting y est particulièrement prisé en saison, avec des parcours adaptés aussi bien aux débutants qu’aux amateurs de sensations plus corsées.

Autour, le parc multiplie les lacs glaciaires, les sommets qui dépassent les deux mille mètres et les sentiers de randonnée qui restent, pour beaucoup, encore peu fréquentés en comparaison des grands parcs alpins occidentaux.
C’est aussi dans cette région que se pratique le ski en hiver, preuve que le Monténégro n’est pas qu’une destination de plage.
Pour les voyageurs en quête de gastronomie et de douceur de vivre
La cuisine monténégrine emprunte à la fois à l’Italie voisine et aux traditions balkaniques : poissons grillés et fruits de mer sur la côte, viandes fumées et fromages de montagne dans l’arrière-pays, sans oublier les vins locaux, notamment ceux issus du cépage vranac, que l’on découvre volontiers lors d’une halte dans une cave près de Podgorica.
Un vigneron de la région le résume simplement :
« ici, la vigne pousse entre la mer et la montagne, et le vin en garde le double caractère ».
Cette diversité culinaire, servie dans des tables encore accessibles, participe largement à la réputation de douceur de vivre qui colle désormais à la destination.
Pour tous les budgets, du sac à dos au séjour haut de gamme
C’est sans doute l’argument le plus décisif pour une clientèle française échaudée par la flambée des prix ailleurs en Méditerranée. Le Monténégro reste globalement plus abordable que la Croatie voisine, notamment depuis le passage de cette dernière à l’euro, tout en offrant un niveau de confort hôtelier qui a fortement progressé. Le pays compte aujourd’hui plusieurs centaines d’établissements, dont une large majorité classés en quatre ou cinq étoiles, et les grands groupes internationaux tels que Hilton, Hyatt, Radisson ou Melia y ont multiplié les ouvertures. Cette montée en gamme n’a toutefois pas encore rattrapé les prix pratiqués côté croate, ce qui laisse une fenêtre confortable aussi bien aux voyageurs en quête de bons plans qu’à une clientèle plus exigeante.
Ce qu’il faut savoir avant de partir
Pour un séjour de moins de 30 jours, la carte nationale d’identité française en cours de validité suffit, un passeport n’étant obligatoire qu’au-delà. Aucun visa n’est requis pour les séjours inférieurs à 90 jours. Le pays utilise l’euro comme monnaie, bien qu’il ne fasse pas partie de l’Union européenne, ce qui simplifie considérablement les paiements sur place. Les vols directs depuis Paris, Lyon ou Nice se sont multipliés vers les aéroports de Tivat et de Podgorica, avec des tarifs qui démarrent, selon la saison, à moins de 100 euros l’aller-retour. Côté climat, l’été s’étire de juin à septembre sur la côte avec des températures qui avoisinent régulièrement les 30 degrés, tandis que le mois de mai et le début de l’automne offrent une alternative plus fraîche pour visiter sans la cohue de la haute saison.
Une destination qui ne fait que commencer
Ce qui frappe surtout, à observer l’évolution du Monténégro ces dernières saisons, c’est la vitesse à laquelle il change de statut : d’étape confidentielle réservée aux connaisseurs des Balkans, il devient une destination à part entière, capable de rivaliser avec ses voisins les plus établis tout en conservant, pour l’instant, une authenticité et des tarifs qui s’effacent ailleurs.

